ALBERTINE, MARTHE, ANDREE, CLAUDE et les Autres
propos
générique
extrait
presse
« Moi, j’suis née à 11 h 30, aux Chesnais, dans le café de ma tante, un dimanche au comptoir. Ma mère n’a pas eu de douleurs, hop comme ça qu’suis v’nue ! Comme une lettre à la poste… c’est comme ça aussi que j’ai eu mes quatorze enfants !
J’ai toujours accouché toute seule. Ma Catherine dans l’escalier elle est venue, les autres pareil. Marie je l’ai eu entre le buffet et le butagaz, un sur le balcon, Jean-Louis sur la digue, André pareil.
Je n’ai pas connu ma mère du tout.
C’est mon père qui m’a élevée.
Ma mère ne s’est jamais occupée de moi.On n’a jamais voulu me dire pourquoi elle est partie. Mais à 12 ans, quand ma belle-mère m’a foutue dehors, c’est mon grand-père qui est venu me chercher.
Mon grand-père, c’était sacré pour moi !
Il avait les deux jambes coupées, un seul bras et plein de trous… la guerre 14-18. »

« A la guerre 14, le 11 novembre, ma Mère (c’était un lundi), elle faisait sa lessive. Et comme il faisait froid (d’habitude elle le faisait dans une petite buanderie), elle avait rentré le trépied, la grande cuve, la planche, la brosse et elle frottait sa lessive et nous, on était encore petit. Et puis, il y avait un officier anglais (les Allemands ils étaient plus là, hein, tout juste) et il arrive heureux et il dit « Madame, le armistice est signé ». Alors cette phrase, elle nous a resté longtemps. «Madame, le armistice est signé ». Alors ma Mère, elle a dit : « Ha ben, j’arrête ma lessive ».

« Le travail était pour moi la chose la plus importante.
J’ai choisi la chirurgie. C’est un métier très difficile, il faut voir, prévoir.
Je surveillais le goutte à goutte à l’hôpital. J’ai été des années à l’hôpital. Les docteurs ne me lâchaient pas, quand on m’a vue une fois ou deux, on ne me lâche pas (rires) !
Je n’aime pas la médecine parce que c’est très long à guérir tandis que la chirurgie, on coupe, on recoud et ça y est, c’est guéri, c’est plus rapide !
J’ai toujours eu la chirurgie dans la peau ! »

« Moi je devais être institutrice. La guerre m’a tout brisé. On a été 4 ans à dormir dans les caves. J'ai vu Hitler rue Roger Salengro. Hitler debout dans la jeep. On a couché dans la cave de la Mairie. Au pied des 6 bourgeois. Les 6 bourgeois étaient allongés là parce qu’ils devaient les fondre pour faire des canons. Mon mari a été réquisitionné par les Allemands, il travaillait à Sangatte pour les avions sans pilote appelés V1, pour l’armée Todd. Mon mari, j’ai pas eu de mal à le connaître, il habitait au 5 et moi je restais au 7. Il sifflait comme un merle. C’est son sifflet qui m’a charmé. J’ai été mariée 20 mois. Mon mari a été tué, la guerre était finie. Il s’est fait tirer place Crèvecoeur. Mon gamin avait 1 an. C’est dur. Quand on perd un mari qu’on a aimé, c’est dur, vous savez, c’est dur dur »

« On était bien ; c’était le bon temps, on avait de la misère, mais c’était le bon temps tout de même. Ma vie recommencerait, je crois que je ne ferais pas mieux. C’était rien d’extraordinaire, mais … »