SYNTHE SAGA
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générique
extrait
presse
Piacere, piacere. Sono Agnese di Mirano. On a pris le train à Venise.
C’est le consulat qui nous faisait venir. Il faisait venir beaucoup d’étranger pour travailler dans les champs. On a changé je ne sais combien de fois de trains, on a mis huit jours, pour faire Venise Grande-Synthe.
On a attrapé du mal à dormir dans les trains par terre, on a attrapé des diarrhées. Le plus terrible c’est quand nous sommes arrivées à Modane, là ils nous ont fait tous descendre des trains, ils nous ont fait monter dans des camions bâchés. Ils nous ont ramené dans des grandes salles, immenses, et on a dû passer la nuit là, avec tout le monde. Voyage interminable. Maman ne parlait pas le français. Elle avait l’adresse sur un papier qu’elle ne lâchait jamais. On a atterri à Calais. On a logé dans un dortoir. Je ressens encore cette peur. Puis on est monté dans un train qui nous a conduit aux deux Synthes.
Et enfin on a retrouvé Papa. Il était parti avant nous. Il nous attendait. On disait : papa, elle est où la maison ? Papa répondait : elle est là-bas…
Je ne savais pas ce qu’était un blockhaus. Papa a aménagé trois pièces dans un blockhaus. Qu’est ce qu’on a pleuré. Il avait mis des lits, une cuisinière, quatre chaises, tout de la récupération.
Maman a accouché de ma sœur dans ce blockhaus, de mon frère aussi.
On était très mal perçu par la population. On était les étrangers. A l’école on était parqué dans un coin. On était les bêtes curieuses et ça a duré longtemps. Parce qu’on était italien. Et qu’on habitait dans un blockhaus.
Puis papa a fait venir mon oncle et sa famille. Dans le blockhaus on a aménagé un coin pour eux.
On a fait une énorme ferme dans ce blockhaus, il y avait des chèvres, des poules, des canards, on était parmi les animaux.
Il est démoli maintenant ce blockhaus, c’est Sollac qui est là maintenant.