Synthe Saga

Spectacle

Synthe Saga est une fresque où les hommes à la recherche du bonheur ou fuyant leur malheur se rejoignent dans un far west emblématique.

Ils sont venus de tous les horizons et d’au-delà des mers emportant dans leur valise des traditions séculaires et des souhaits de bonheur, ceux de tous les migrants.
Les migrants vers l’Ouest et le Nord sont les enfants du capitalisme dit John Bodnar. Ils ont migré suite au bouleversement économique induit par le triomphe du capitalisme industriel. Ils ont apporté leur pays natal dans leur valise, leur force de travail et la complexité des relations humaines.
Grande Synthe et Usinor symbolisent ce havre de paix et de labeur.

Création 2003

Conception et Mise en scène : Brigitte Mounier
d’après : Les mémoires de 30 familles de l’agglomération grand-synthoise

Avec : Kalid Bazi, Christian Caillieret, Juan Conchillo, Hervé Degunst, Brigitte Kruger, Brigitte Mounier, Casilda Rodriguez à l’accordéon
et 24 « habitants du monde » : Marie-Mohamed Abdou, Quiza Amichi, Jean-Pierre Amoureux, Nicolas Arlunno, Nacer Arroum, Chabane Asnoun, Nadia Asnoun, Ouria Baatout, Joëlle Batcabe, Aïcha Bouderballah, Axelle Brown, Hélène Duvet, Jean Graszk, Houssein Hamadi, Pascale Harlé, Olivier Jacqueline, Mekkid Keltoum, Hélène Loeuillet, Mehdi Laidouni, Romuald Lefebvre, Gisèle Milliot, Karima Perret-Zemouri, Anne Pons, Bernard Ternoy, Thanouvanh Uraï, Rachid Zerrouni, Adrien Zerrouni et Kamel Saddedine en alternance avec Raphaël Royer.

Avec les mémoires de mesdames M.Abdou, A.Huyghe, O et K.Tahar, E.Vermersch, H.Zemouri, A.Sedini, A.Sezen, D.Sezen, K.Sezen, H.Bountita, F.Boutarkha, F.Ouagrani, F.Nouali, M.Khennouf, N.Belayel, R.Douiki, R.El Bedab, Z.Ouayat, Madame et Monsieur Alija et leur fille, Madame et Monsieur Moreno et leur fille, Madame et Monsieur Del Pozo.
Messieurs N.Arroum, H.Bakria, M.Bendjeddou, R.Carême, J.L.Gadea, J.Graszk, F.Hocquet, R.Levy, Z.Niemierz, A.Zemouri, R.Zerrouni,

et les bulletins intérieurs de Sollac Atlantique parus entre 1962 et 1970,

et les Archives du Monde du Travail à Roubaix.

Costumes : Pascal Souilliart
assisté de : Camille Bigo et Colette Perray
Plasticiens : Karine Bracq et Hervé Lesieur
Compositeurs : Jean-Pierre Liétar et Louis Arti

Chef de choeur : Nadège de Kersabiec
Création Lumière : Jean-Louis Maire
Régie son : Grégory Bocage
Studio son : Orion Production
Objets : Jean Marie Devin
Photographies: Bernard Cartiaux pour la Ville de Grande Synthe et Pierre Renneville pour Sollac Atlantique

Production : Compagnie des Mers du Nord / Ville de Grande-Synthe.
Avec l’aide de la D.R.A.C Nord-Pas-de-Calais, de la Région Nord-Pas-de-Calais, du Conseil Général du Nord, de la Caisse des Dépôts et Consignations, du FASILD, de la SPEDIDAM, du Fonds Social Européen et de Sollac Atlantique.

Avec l’aide de l’ASSFAM, l’ASTV, la Direction de la Population et des Migrations, l’OMI, TEC/CRIAC, la Communauté d’Emmaüs de Saint-Martin-au-Laert, et l’ensemble des bénévoles de la Compagnie.

Le livre Synthe Saga est disponible à la Compagnie des Mers du Nord.

Format 210 x 297 mm, Couleur quadri recto/verso, reliure métal – dos en acier Sollac
n° ISBN 2-9522238-0-7 – ©compagnie des Mers du Nord

Graphisme FVDB Dunkerque – Imprimé par Nord Imprim, Steenvoorde

 

Extrait
Piacere, piacere. Sono Agnese di Murano. On a pris le train à Venise.
C’est le consulat qui nous faisait venir. Il faisait venir beaucoup d’étranger pour travailler dans les champs. On a changé je ne sais combien de fois de trains, on a mis huit jours, pour faire Venise Grande-Synthe.
On a attrapé du mal à dormir dans les trains par terre, on a attrapé des diarrhées. Le plus terrible c’est quand nous sommes arrivées à Modane, là ils nous ont fait tous descendre des trains, ils nous ont fait monter dans des camions bâchés. Ils nous ont ramené dans des grandes salles, immenses, et on a dû passer la nuit là, avec tout le monde. Voyage interminable. Maman ne parlait pas le français. Elle avait l’adresse sur un papier qu’elle ne lâchait jamais. On a atterri à Calais. On a logé dans un dortoir. Je ressens encore cette peur. Puis on est monté dans un train qui nous a conduit aux deux Synthes.
Et enfin on a retrouvé Papa. Il était parti avant nous. Il nous attendait. On disait : papa, elle est où la maison ? Papa répondait : elle est là-bas…
Je ne savais pas ce qu’était un blockhaus. Papa avait aménagé trois pièces dans un blockhaus. Qu’est ce qu’on a pleuré. Il avait mis des lits, une cuisinière, quatre chaises, tout de la récupération.
Maman a accouché de ma sœur dans ce blockhaus, de mon frère aussi.
On était très mal perçu par la population. On était les étrangers. A l’école on était parqué dans un coin. On était les bêtes curieuses et ça a duré longtemps. Parce qu’on était italien. Et qu’on habitait dans un blockhaus.
Puis papa a fait venir mon oncle et sa famille. Dans le blockhaus on a aménagé un coin pour eux.
On a fait une énorme ferme dans ce blockhaus, il y avait des chèvres, des poules, des canards, on était parmi les animaux. Et puis un jour, les bulldozers sont arrivés.
Il est démoli maintenant ce blockhaus, c’est Sollac qui est là maintenant.